Archive pour la catégorie ‘TICE’
Matériels, formation des enseignants, usage des TICe… les écoles européennes peuvent mieux faire
La Commission européenne vient de publier une étude sur l’usage des technologies de l’information à l’école (TICe) en Europe qui révèle de fortes disparités dans les usages et un niveau moyen d’équipement très insuffisant. Ainsi, dans le primaire, seul un élève sur quatre âgé de 9 ans fréquente une école dotée de « bons » équipements numériques (ordinateurs récents et connexion haut débit de 10 Mbit/s). Sans surprise, les écoles ayant mis en place une politique spécifique en matière d’équipement et d’usage des TICe sont les plus en avance. La France se situe dans le milieu du peloton, derrière les pays nordiques (Suède, Finlande, Danemark) mais devant la Pologne, la Roumanie, l’Italie, la Grèce la Hongrie et la Slovaquie. La corrélation entre le niveau de d’équipement/ la richesse des pays et les usages n’est cependant pas systématique : certains pays, médiocrement équipés (comme la Bulgarie ou Chypre), montrent des niveaux d’usages importants. L’étude souligne enfin l’importance pour les élèves de disposer d’équipements chez eux et à l’école et surtout la nécessité de mieux former les enseignants. A cet égard si les enseignants « ont généralement une vision positive de l’utilisation pédagogique des TIC » dans l’apport des TICe, la formation dont ils disposent est « rarement obligatoire, et la plupart d’entre eux sont donc obligés de se former en dehors de leurs heures de travail dans le cadre d’une démarche personnelle pour acquérir ces compétences ».
Tirant les enseignements de cette enquête , la Commission plaide pour « une approche intégrée » des TICe intégrant équipement et formation des enseignants. Elle incite les Etats à créer des coordinateurs TICe et à offrir des bonus aux enseignants les plus actifs dans ce domaine. Au niveau européen, la Commission veut s’attacher à réduire les écarts entre pays et à favoriser l’innovation dans les pratiques.
MAJ 18/12 : Le numérique au cœur du projet de loi sur l’Ecole
MAJ 18/12 : Le 13 décembre le Ministre de l’EducationVincent Peillon et la Ministre déléguée à l’économie numérique Fleur Pellerin ont précisé les grandes lignes du plan gouvernemental sur le numérique à l’école. Il a été notamment confirmé qu’il n’y aurait pas de moyens spécifiquement orientés sur les TICE, sauf pour les contenus pris en charge par l’Etat. Pour le primaire, il a été rappelé que le raccordement des écoles en très haut débit serait subventionné dans le cadre du plan THD à venir (via le programme investissements d’avenir ou les fonds européens) et que les (petites) écoles pourraient passer par l’UGAP pour acquérir des solutions TICE packagées… à leurs frais. Enfin, un« conseil supérieur du numérique » associant les collectivités sera chargé de coordonner le plan TICE.
Le gouvernement a présenté son projet de loi d’orientation et de programmation pour la refondation de l’école de la République. Celui-ci entend « développer une grande ambition pour le numérique à l’école » avec la création d’un « service public de l’enseignement numérique ».
Le texte mettra l’accent sur le développement des usages avec la mise à disposition de ressources pédagogiques. Pour limiter les couts il propose d’élargir le champ de l’exception pédagogique pour les droits d’auteur et de favoriser les ressources « libres ». La production de contenus numériques par les élèves et le développement des espaces numériques de travail est égalment évoquée. La formation des enseignants est le deuxième axe fort avec l’inclusion du numérique dans la formation initiale et continue des enseignants mais aussi du personnel d’encadrement. L’éducation numérique, axée sur la maitrise des outils comme sur les droits et devoir à l’ère du numérique, devrait enfin devenir une matière à part entière pour les élèves.
Dans ce projet, le texte entend renforcer « la coordination entre l’Etat et les collectivités territoriales » et favoriser la diffusion des TICE sur l’ensemble du territoire par la création d’une « offre d’équipement matériel et logiciel attractive ». La loi devrait en outre confier la maintenance des équipements des collèges et lycées aux départements et aux régions (avec la promesse d’une compensation) Enfin les collectivités devraient pouvoir bénéficier des fonds investissements d’avenir pour raccorder les écoles au très haut débit. A noter que dans ce projet, l’école primaire – qui concentre l’essentiel des retards et demande le plus gros effort financier – n’est pas évoquée en tant que tel…
L’utilité des espaces numériques de travail (ENT) remise en cause par un rapport
Un récent rapport de l’Inspection générale de l’Education nationale sur le suivi du plan de développement des usages du numérique à l’école – plan DUNE initié par Luc Châtel – critique vivement l’utilité des espaces numériques de travail (ENT). Ces ENT sont destinés à fédérer la communauté éducative – enseignants, élèves, administration et parents d’élèves – en mettant en place des ressources pédagogiques partagées et des outils tels que le cahier de texte virtuel. Le déploiement des ENT faisait l’objet des cinq priorités du plan Châtel. Or selon le rapport de IGEN, les « ENT sont peu utilisés par les enseignants, sauf pour la vie scolaire ; ils leur préfèrent d’autres services numériques et utilisent d’autres procédures d’identification ou de protection. » En cause, des « débits insuffisants » et des « procédures d’identification dissuasives pour un usage collectif. » Aussi l’IGEN estime-t-elle que les ENT mobilisent aujourd’hui « une grande part des financements des collectivités locales, qui pourraient les utiliser autrement en faveur du numérique ». Le développement des usages pédagogiques sur les ENT dans le primaire demanderait en outre des investissements massifs dans les réseaux télécoms, difficiles à assumer pour les collectivités. Aussi, en liant la subvention de contenus pédagogiques à l’existence d’un ENT (exigence posée en fait par les éditeurs qui craignaient copie et piratage des contenus pédagogiques) le plan DUNE s’est révélé un échec.
Le rapport dresse du reste un bilan très négatif du plan dans son ensemble. L’effort de formation et d’accompagnement des enseignants ne s’est notamment pas révélé à la hauteur des ambitions du plan avec un dispositif jugé à la traîne et peu cohérent par les auteurs du rapport. Cet effort est pourtant très attendu des collectivités locales qui renâclent à financer des équipements sans garanties sur leur utilisation effective par les enseignants.
TICE : l’école doit faire sa révolution culturelle
Après une première mission consacrée à l’équipement des écoles en 2010, le député-maire Élancourt Jean Michel Fourgous a commis un second rapport consacré aux usages du numérique à l’École. Ce document de 240 pages baptisé « apprendre autrement à l’ère numérique » propose 40 mesures pour « mettre l’école au centre de la société en réseau ». Soulignant l’importance prise par le numérique – le numérique est le 1er secteur économique créateur d’emploi, toutes les activités humaines sont impactées, un enfant passe autant de temps de devant un écran qu’en classe, il existe une corrélation entre usage du numérique et réussite dans les matières scientifiques… – Jean Michel Fourgous invite l’école à faire sa révolution en changeant ses pratiques. Il estime que le numérique doit être une composante à part entière de la pédagogie avec nécessité pour les élèves d’apprendre à apprendre, à collaborer et à se former en continu, autant se savoirs qui seront utiles aux élèves dans leur vie professionnelle. Le député insiste par ailleurs sur l’opportunité que présente le numérique pour résoudre les grands défis de l’école : nécessité de personnaliser l’enseignement en fonction du niveau de l’élève, favoriser l’égalité des chances et l’intégration des personnes handicapées, faire de l’école un moteur de l’innovation…
Pour réussir cette révolution culturelle – car il ne s’en cache pas, c’est un changement de mentalités qui est en jeu – Jean Michel Fourgous fait 40 propositions articulées autour de 5 thèmes : moyens, gouvernance, innovation dans le pratiques pédagogiques, formation et accompagnement du changement. Parmi les propositions qui concernent directement les collectivités, on retiendra :
- Organiser un Grenelle de l’innovation des pratiques pédagogiques à l’ère du numérique
- Commencer toutes les réformes et l’équipement par le primaire en TNI ou tablettes avec conception de logiciels spécifiquement pensés pour l’apprentissage formel et informel, l’auto-évaluation et l’évaluation formative.
- Créer une agence nationale de l’Éducation numérique (État-Collectivités) afin de renforcer l’efficacité des politiques numériques éducatives chargée de « conduire des politiques cohérentes sur le long terme, du primaire au supérieur, d’évaluer les usages et de promouvoir les pratiques pédagogiques innovantes »,
- Exiger, de la maternelle au supérieur, un véritable plan ou projet numérique au service des apprentissages
- Mieux intégrer les élèves en situation de handicaps en développant de nouveaux services numériques
- Inventer de nouveaux temps, lieux et espaces numériques afin de développer le travail collaboratif et la créativité (création de Learning-studio ou d’ « espaces créatice », Faire évoluer les centres de documentation en Learning-Center)
- Mettre en place une éducation partagée avec toute la communauté éducative (familles, associations, collectivités et entreprises)
- Promouvoir le travail collaboratif et la mutualisation des expériences par les réseaux sociaux professionnels dans l’enseignement
- Créer, dans chaque académie, un espace public/privé de recherche-action type « Educ-Lab » dans le domaine numérique
- Mettre en place un plan de formation massif aux outils, usages et à la citoyenneté numérique, pour les élèves, les étudiants, les enseignants, les enseignants-formateurs, les cadres éducatifs
A la louche, Jean Michel Fourgous évalue à 1 milliard d’euros les besoins en formation, à une fourchette de 5 à 10 Mds les besoins en équipements, ce à quoi il faudrait ajouter les 25 Mds du très haut débit pour tous, indispensable à la pleine utilisation des nouveaux outils à l’école comme à la maison… S’il souligne que ce n’est pas qu’une affaire d’argent – la France consacre 6% de son PIB à l’éducation contre 4,8% en Finlande pays particulièrement en avance dans les TICE – mais aussi de volonté (en mettant en avant l’exemple d’Elancourt ou toutes les classes ont un TNI et un accompagnement pédagogique), le député reste assez peu disert sur le mode opératoire pour mettre en œuvre ses préconisations qui touchent en définitive à la question de la réforme de l’école. Vaste sujet.
Un GIP par académie pour piloter les TICE ?
C’est la proposition que vient de produire le conseil national du numérique dans le cadre d’un rapport sur le développement du numérique à l’école. Le CNN qui a auditionné enseignants, syndicats, collectivités* et entreprises impliquées dans les TICE reprend en effet à son compte des constats connus de longue date :
- L’insuffisance de la maintenance et du support des matériels installés dans les écoles.
- Le manque de formation et d’accompagnement des enseignants et personnel
- Le manque de ressources pédagogiques prêtes à l’emploi.
Plaidant pour « des TICE pilotées par la demande, sans imposition ni prescription, au rythme des besoins exprimés par les équipes d’enseignants et du développement de leurs usages », le rapport insiste lourdement sur les problèmes de gouvernance qui pèsent sur les TICE : éclatement des responsabilités entre régions, départements et communes, manque de clarté dans la répartition des rôle entre l’Etat et les collectivités sur la maintenance et l’accompagnement.
Estimant que « ces ambigüités et incohérences sont rédhibitoires au lancement et à la pérennisation de projets numériques cohérents », le rapport plaide pour la création de Groupements d’Intérêt Public (GIP) au niveau des académies, structures de mutualisation qui fédérerait académie, CRDP et collectivités sur la base du volontariat. Spécialisées sur les fonctions techniques, pédagogiques et de support, ces agences seraient financées sur la base de contributions des membres prélevées sur les budgets aujourd’hui dédiés à l’informatique et aux ressources pédagogiques. Selon le rapport, ces structures seraient particulièrement utiles pour rattraper le retard des écoles primaires qui concentrent aujourd’hui les plus grandes inégalités d’équipement et d’appropriation des TICE.
Priorité au primaire
Selon le rapport, « le cadre de l’école primaire se prête particulièrement bien à l’adoption de méthodes innovantes transversales car les élèves sont suivis par un seul et même enseignant. L’école primaire comporte cependant deux caractéristiques peu favorables à l’entrée du numérique. D’une part, les écoles primaires souffrent d’un sous-financement chronique, comparé à la moyenne européenne (…) avec une dépendance forte au niveau de richesse locale d’une part, à la volonté politique du maire d’autre part. Enfin, l’émiettement des écoles, au nombre de 57 000 en France, sous la responsabilité de 36 000 municipalités, en fait un « marché » atomisé peu visible pour les acteurs de l’e-éducation ».
* on regrettera que seulement trois représentants de collectivités aint été auditionnés avec pour les communes uniquement un représentant de l’association des maires d’Ile de France.
