postheadericon Smartgrids : des démonstrateurs en attendant un cadre clair

Le groupe de travail ville intelligente de l’AMGVF a auditionné le 4 juin des représentants de la CRE, d’ERDF, Bouygues Energies Services et Schneider Electric sur les smart grids. si l’avenir des réseaux électriques est au smart grids, des différences d’approches sensibles existent entre les acteurs – anciens et nouveaux – d’un chantier qui ne fait que commencer.

Rendue possible par le couplage des technologies de l’information avec celles liées à l’électricité, l’« intelligence », des réseaux va leur permettre de gagner en agilité pour mieux ajuster offre et demande et contribuer à maitriser notre consommation. une « intelligence » aujourd’hui déjà présente au niveau des réseaux haute et moyenne tension comme l’a rappelé le représentant d’ERDF. Sur cette partie de l’infrastructure électrique, les réseaux sont en effet capables de « s’autocicratiser »suite à un incident technique ou de déclencher automatiquement des moyens de production supplémentaires pour faire face à un pic de consommation. Cette agilité est en revanche peu développée sur le réseau basse tension, c’est-à-dire celui qui dessert le consommateur, particulier, administrations ou PME.

Or, l’agilité des réseaux est devenue indispensable comme l’a expliqué le directeur général de la Commission de Régulation de l’Energie (CRE). Il s’agit en effet pour les réseaux électriques de répondre à plusieurs enjeux :
- Intégrer les installations d’énergies renouvelables (solaire, éolien… 238 000 centrales installées en France) pour les mettre en capacité de répondre aux besoins électriques d’autres territoires au niveau local, national voire européen.
- Impliquer davantage le consommateur en le mettant en capacité de connaitre et maitriser sa consommation, via des des interfaces compréhensibles par le plus grand nombre (notion de compteurs intelligent).
- Faire face aux pics de consommation que va subir le réseau électrique basse tension avec le développement des nouveaux usages et en particulier du véhicule électrique (consommation d’un véhicule = celle d’un immeuble)

Si ces enjeux sont partagés par l’ensemble des acteurs, on note une grande différence d’approche entre ERDF et les nouveaux acteurs industriels. L’approche d’ERDF reste en effet très centralisatrice et fondée sur le développement de grandes installations d’ENR (parc éolien, centrales solaires…). L’électricien mise aussi sur le compteur Linky dont le déploiement est censé améliorer la connaissance de la consommation des ménages, permettre la télérelève, faciliter la maintenance et contribuer à la responsabilisation des consommateurs.

Chez Bouygues Energies Services comme pour Schneider Electric, on mise davantage sur des micro-grids, commençant à l’échelle d’un bâtiment, d’un quartier et à termes, d’une ville (notion de smart city). Bouygues Energies Services propose par exemple une gestion « intelligente » de l’éclairage public (variant en fonction de l’heure, de la luminosité, offrant d’autres services comme le Wifi) et travaille sur les bâtiments à énergie positive en capacité d’alimenter d’autres bâtiments déficitaires situés dans un même quartier. Schneider Electric réfléchit pour sa part à améliorer la gestion et le stockage de l’électricité au niveau du bâtiment, maillons essentiels au développement de l’autoconsommation.

A l’heure actuelle, la France compte une quinzaine d’expériences en matière de smartgrids associant industriels, électriciens et start-up. Le rôle de chacun des acteurs, et en particulier des collectivités locales, reste cependant flou même si leurs missions d’aménageur, de donneur d’ordre et parfois d’autorité concédante pour la distribution d’électricité les rend incontournables dans le développement des smart grids. A Issy-les-Moulineaux, qui accueille le projet Issy grid, la collectivité a un rôle de facilitateur, de testeur (ses propres bâtiments) et, surtout, communique auprès de la population pour les sensibiliser sur les enjeux des smart grids pour le rendre acteur de sa stratégie énergétique.

Si la gouvernance des smartgrids reste à construire, leur devenir dépend aussi des réponses que l’on donnera au débat sur la transition énergétique. Le cadre actuel de l’autoconsommation – usage du solaire ou de l’éolien limité au chauffage de l’eau,obligation de revente au distributeur- semble un préalable pour inciter ménages ou collectivités à adopter les ENR. Plusieurs intervenants ont également plaidé pour une révision du mode de calcul du tarif d’utilisation des réseaux publics d’électricité (TURPE) pour favoriser le développement des smart grids à une échelle locale.

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TIC*