postheadericon Fibre jusqu’à l’abonné : les opérateurs restent prudents

La commission technologies de l’information et de la communication, présidée par Jean Louis Fousseret, maire de Besançon s’est réunie le 15 décembre dernier en présence d’une vingtaine de représentants des grandes villes pour faire le point sur le déploiement des réseaux très haut débit. Les opérateurs Free, Numéricâble, Orange et SFR ont été invités à faire part de leurs projets et de leurs attentes à l’égard des collectivités. L’Arcep a en effet dénombré 148 communes comme étant en zone « dense » où le secteur privé devrait raccorder les habitants en FTTH sans qu’une intervention publique soit nécessaire. Pour les grandes villes se pose cependant la question de la desserte de l’ensemble de leur agglomération en très haut débit, les 148 communes se concentrant sur la région parisienne et les grandes métropoles régionales.

D’une façon générale, on note une grande prudence de la part des opérateurs qui soulignent l’importance des investissements à réaliser (au moins 23 milliards selon le rapport du sénateur Maurey) et la faible appétence des utilisateurs du haut débit pour les offres fibre optique (100 000 abonnés pour1 million de logements raccordés fin 2010). En ville, il faut compter en moyenne 800 euros par prise optique, ce chiffre pouvant plus que doubler pour le raccordement d’habitations dispersées. Les opérateurs soulignent par ailleurs les incertitudes juridiques persistantes. Si le principe d’un seul opérateur par immeuble de plus de 12 logements dans les zones très denses (zone 1), on ne connait toujours pas les modalités de raccordement – qui paie ? Quels frais d’accès pour l’abonné ? – des immeubles de moins de 12 logements, qui incluent les zones pavillonnaires. Les opérateurs attirent par ailleurs l’attention des collectivités sur la nécessité de favoriser l’implantation d’équipements FTTH dans les infrastructures de génie civil existantes et d’adapter les PLU pour faciliter le déploiement des réseaux, en particulier en façade.

Chaque opérateur a ensuite développé sa stratégie.

Orange s’est engagé à investir 2 milliards d’euros dans les FTTH et desservir d’ici 2012 40 agglomérations (170 en 2015), avec un taux de 80% de logements raccordés (jusqu’à l’habitation) d’ici 5 ans et 100% d’ici 10 ans. L’opérateur reste cependant assez flou sur la façon dont se concrétiseront ces engagements [1]. Concernant les réseaux d’initiative publique (RIP), Orange examine les appels d’offre (DSP, PPP) « au cas par cas » tout en précisant qu’il ne répondra pas aux appels d’offre situés sur des zones denses et très denses (du type CG92).

SFR et Free ont affirmé pour leur part être présents soit directement (investissement en fonds propre) soit indirectement (co-investissement avec un autre opérateur) dans la plupart des zones denses. En dehors du cœur des villes, les opérateurs attendent des précisions sur le cadre réglementaire et le résultat des expérimentations menées dans plusieurs communes (Bondy, Palaiseau, Meaux…). SFR, via sa filiale SFR collectivité, s’est déclaré prêt à répondre aux appels d’offre des collectivités que cela soit sous forme de DSP (à condition qu’elle ne soit pas concessive mais en affermage) ou PPP. Free préfère pour sa part le recours à des marchés de travaux (plus souple et plus rapide selon l’opérateur) ou éventuellement le système des régies intéressées

Concernant le câble, l’opérateur affirme que la majeure partie de son réseau autorise des débits de l’ordre de 100 Mbit/s. La fibre chez Numéricâble ne va cependant que jusqu’à l’entrée de l’habitation les derniers mètres étant en cuivre (à la différence des FTTH), ce qui limite les débits montants. L’opérateur a cependant indiqué qu’une nouvelle norme (Docsis 3.0), améliorant les débits (jusqu’à 400Mbits en réception et à 100Mbits en émission) était actuellement déployée à Paris, Marseille, Lille et dans plusieurs autres métropoles dans les prochains mois. Plusieurs élus ont cependant  fait part de leur mécontentement sur des engagements (issus des contrats DSP initiaux) qui n’ont pas été respectés alors même que Numéricâble sollicite aujourd’hui les collectivités pour contribuer financièrement à la modernisation et/ ou à l’extension du réseau.


[1] Le rapport Maurey a du reste demandé à ce que soit « reconsidérée la formalisation des engagements pris par les opérateurs, les délais dans lesquels ils doivent les mettre en oeuvre et les sanctions envisagées par le programme national très haut débit lorsqu’ils ne respectent pas leurs engagements ».

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TIC*